Programme scientifique

Paléontologie : les écosystèmes disparus

Le travail de thèse de V. Bailly signale dans le massif karstique et à ses abords différentes formations et ensembles sédimentaires potentiellement fossilifères.

Il en décrit les principaux caractères. Ainsi nous savons que dans notre zone d’intérêt, quatre formations et ensembles sédimentaires sont présents et datent tous du Cénozoïque. Il s’agit : de l’ensemble Paléogène (23 à 65 millions d’années) et Miocène (5 à 23 millions d’années ) calcaire qui constitue le massif karstique lui-même où divers faciès ont été identifiés et caractérisés entre autres par des associations de foraminifères, de gastéropodes et de bivalves ; d’une formation Mio-Pliocène typiquement syn-tectonique comme l’illustre la présence de slumps (pli créé par gravité dans un sédiment non-consolidé) qui contient non seulement des microfossiles mais aussi des fossiles de vertébrés ; d’une formation Plio-Pléistocène considérée post-tectonique (d’accrétion), constituée de boues calcaires et de bancs à dominantes détritiques, incluant des coquilles de mollusques et localement des débris végétaux ; et de dépôts du Quaternaire semblables aux dépôts actuels et incluant des bio-constructions en zone côtière.



La collecte des informations paléontologiques, essentiellement des fossiles d’organismes mais aussi des traces, va viser deux objectifs indépendants : d’une part renseigner précisément les environnements passés au cours de la mise en place et de l’évolution du massif karstique, et d’autre part, documenter l’évolution des espèces qui l’ont peuplé tout au long de ce processus. Pour cette raison, nous allons donc nous concentrer sur le contenu fossilifère des formations néogènes (23 millions d’années à nos jours).


Les fossiles sont de bons outils de reconstitution des paléo-environnements soit en tant que marqueurs biologiques de la niche qu’ils occupaient, soit en tant qu’«enregistreurs», dans leurs formations squelettiques, des données géochimiques de l’environnement avec par exemple l’isotope 18 de l’atome d’oxygène ou δ18O. Les microfossiles en particulier donnent une information directe sur le milieu de dépôt, marin ou dulçaquicole, pour les zones qui ont pu subir alternativement l’une ou l’autre des influences. Ils permettent éventuellement de dater leur niveau par comparaison avec des échelles bio-stratigraphiques de référence. Des échantillonnages systématiques par carottage seront effectués dans les cinq zones d’intérêt, avec une attention particulière pour les dépôts de surface des lacs et les remplissages sédimentaires de poches souterraines. L’objectif est de pouvoir identifier d’éventuelles séquences d’assèchement dans les dépôts récents, d’en caractériser la dynamique bio-sédimentaire, et de tenter de reconnaitre un éventuel contrôle soit par les pulsations climatiques du Plio-Quaternaire soit par les phases microtectoniques locales récentes en distension.


Mesure de pendage


En plus de leur efficacité dans la reconstitution des paléo-environnements, les fossiles nous intéressent aussi pour les informations uniques qu’ils apportent sur l’évolution des groupes. Effectivement, seule leur étude permet –particulièrement chez les vertébrés- de connaitre des caractères ou des associations de caractères morphologiques qui n’existent plus chez les espèces actuelles. Par ailleurs, les fossiles permettent de reconstituer des distributions passées plus larges ou différentes de ce que laissent présager les seuls représentants actuels d’un groupe. A ce titre, les fossiles des groupes étudiés dans l’actuel (les poissons, les gastéropodes, les crustacés et les insectes) seront activement recherchés dans les trois formations néogènes. Dès à présent nous sommes assurés de trouver au moins des fossiles de poissons et de gastéropodes qui ont peuplé la région ces derniers millions d’années. Leur identification ouvrira une fenêtre sur des peuplements disparus de l’île et plus précisément sur leurs éventuels liens avec les occupants actuels, permettant alors une calibration des arbres moléculaires indépendante du contexte géologique. ■

 

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